Exercices et musculation · 22 octobre 2026 · par Daniel Bigras

Prendre du muscle sans exercice ? Ce qu’une nouvelle étude sur la créatine dit vraiment

Le Dr Tony Hampton, médecin de famille, part d’un cas fictif qui parlera à beaucoup de monde : Mme Davis, 74 ans, a mal aux genoux, elle peine à se lever de sa chaise, et tout le monde lui répète « il faut bouger ». Son petit-fils lui parle alors de la créatine, cette poudre blanche associée d’habitude aux gros bras des salles d’entraînement. Une nouvelle étude vient de paraître : des gens qui prenaient de la créatine sans programme d‘exercice structuré ont gagné du tissu maigre — c’est-à-dire la partie du corps qui n’est pas du gras — et amélioré une mesure de force. Alors, peut-on bâtir du muscle simplement en avalant une poudre ? La réponse du médecin est intéressante, mais nuancée.

D’abord, regardons l’étude de près. Les chercheurs ont suivi 64 adultes sédentaires pendant 12 semaines. Les participants choisissaient de suivre ou non un programme d’exercice et d’alimentation, puis recevaient, sans savoir lequel, soit de la créatine, soit un produit inactif. La dose était de 5 grammes, deux fois par jour. Résultat : le groupe créatine a gagné environ 2,4 livres de tissu maigre, contre peu de changement dans l’autre groupe ; avec l’exercice et l’alimentation, il y avait aussi un avantage de force au développé couché et une baisse du pourcentage de gras corporel. Mais attention au détail qui change tout : ces gens avaient 45 à 65 ans, ils étaient en assez bonne santé, et ceux dont les articulations empêchaient de participer étaient exclus. Ce n’étaient donc pas des aînés fragiles aux genoux douloureux comme Mme Davis.

Ensuite, le piège du scanner. Le « tissu maigre » mesuré par l’appareil comprend l‘eau. Or la créatine fait entrer davantage d’eau dans les cellules des muscles : le chiffre monte donc sur l’appareil, sans qu’on sache quelle part est du muscle nouveau et quelle part est simplement de l’eau. Le Dr Hampton cite une autre étude où de jeunes adultes ont pris de la créatine une semaine avant de commencer l’entraînement : leur masse maigre affichait environ un demi–kilo de plus que les autres… mais après 12 semaines d’entraînement, il n’y avait plus de différence importante entre les groupes. Un meilleur chiffre sur un scanner ne veut pas dire qu’on se lève plus facilement de sa chaise.

Que dit la recherche chez les personnes plus âgées, sans entraînement ? Les résultats sont inégaux. Une petite étude de 15 adultes d’environ 74 ans a observé, après deux semaines de créatine, une meilleure force de poigne — la force avec laquelle on serre la main — et une meilleure résistance à la fatigue, mais aucune amélioration nette pour se lever d‘une chaise. À l’inverse, un grand essai de 200 femmes ménopausées suivies deux ans, avec 3 grammes par jour, n’a trouvé aucun bénéfice ajouté sur la masse maigre, la fonction des muscles ou la santé des os. Doses différentes, gens différents, durées différentes : on ne peut pas promettre que la créatine seule redonne l’autonomie.

Là où la créatine a sa logique, c’est avec l’entraînement. Explication simple : les muscles fonctionnent grâce à une petite réserve d’énergie rapide. La créatine aide à recharger cette réserve entre les efforts, ce qui soutient les efforts répétés. Mais l’ordre des rôles compte : l’entraînement donne l’ordre de construire, les protéines fournissent les matériaux — la créatine, elle, ne contient pas les briques de base du muscle — et la créatine aide à fournir l’énergie rapide. Un essai de 24 semaines chez 60 femmes âgées vulnérables montre d’ailleurs que créatine plus entraînement en résistance fait mieux sur certains points, mais pas sur tout : la force des jambes, par exemple, n’était pas meilleure qu’avec l’entraînement seul. Et chez des aînés en perte de poids, c’est la combinaison exercice de résistance et exercice d‘endurance qui protégeait le mieux les muscles et les capacités du quotidien.

La vidéo aborde aussi les trouvailles secondaires de la nouvelle étude, avec prudence. L’hémoglobine glyquée — une mesure du sucre dans le sang sur environ trois mois — a baissé dans le groupe créatine et dans les groupes qui faisaient de l’exercice, mais le sucre à jeun n’a pas changé de façon claire, et ajouter la créatine à l’exercice n’a pas clairement amélioré ce résultat. Côté cholestérol, quelques chiffres allaient dans le bon sens dans certaines comparaisons, mais pas le mauvais cholestérol, et l’analyse globale ne montrait pas de différence nette entre les groupes. Même chose pour de possibles effets sur la mémoire : des signaux intéressants, mais exploratoires, dans une petite étude courte qui mesurait beaucoup de choses — il faudra les confirmer. Ce ne sont pas des preuves que la créatine traite le diabète, le cholestérol ou la mémoire.

Reste la question des reins, source d’une confusion fréquente : il faut distinguer la créatine (le produit) de la créatinine (un déchet mesuré dans le sang pour estimer le travail des reins). Prendre de la créatine peut faire monter la créatinine sans que les reins filtrent moins bien, ce qui peut faire paraître un résultat pire qu’il n’est. Cela ne veut pas dire qu’il faut ignorer un résultat anormal : un autre dosage, la cystatine C, peut aider le médecin à y voir clair. Pour le produit lui-même, la forme la plus étudiée est la créatine monohydrate simple ; les quantités courantes sont de 3 à 5 grammes par jour, sans besoin de phase de charge. L’étude en utilisait 10, ce qui ne prouve pas que tout le monde en a besoin d’autant. Effets indésirables possibles : un peu de poids d’eau sur la balance, des maux de ventre — une étude chez des athlètes a noté plus de diarrhées avec une seule prise de 10 grammes qu’avec deux prises de 5.

La conclusion du Dr Hampton tient en une image : pour Mme Davis, la vraie question n’est pas « un kilo de plus sur le scanner », mais « est–ce que je me lève de ma chaise plus facilement ? ». Son avis : il n’est pas prouvé qu’on bâtisse du muscle simplement en prenant de la créatine. Le plan sérieux reste d’évaluer la faiblesse et la douleur, de vérifier l’alimentation — assez de protéines — et l’état des reins, de trouver un mouvement adapté (physiothérapie, exercices assis ou appuyés), puis de suivre ce qui compte : la force, la mobilité, les gestes du quotidien.

Études et sources mentionnées dans la vidéo :
Nouvel essai sur la créatine (Chun et coll., 2026) : https://doi.org/10.1080/15502783.2026.2716273
Masse maigre et première période de supplémentation (Desai et coll., 2025) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40292479/
Force de poigne et résistance à la fatigue chez les aînés (Stout et coll., 2007) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17985060/
Essai de deux ans chez des femmes ménopausées (Sales et coll., 2020) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31257405/
Créatine et entraînement chez des femmes âgées vulnérables (Gualano et coll., 2014) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24530883/
Revue sur le fonctionnement, les doses et la sécurité de la créatine : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7871530/
Source : Dr Tony Hampton —
https://www.youtube.com/watch?v=WE_7mFf9B_8

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