Texte de Daniel Bigras.
Ce matin, le médecin et chercheur américain Nick Norwitz (MD, PhD), spécialiste de la santé métabolique, a publié une phrase qui résume tout :
« The best scientists don’t fall in love with their hypotheses. They fall in love with trying to break them. »
En français : « Les meilleurs scientifiques ne tombent pas amoureux de leurs hypothèses. Ils tombent amoureux de l’idée de les démolir. »
— Nick Norwitz, MD, PhD — Substack, 28 octobre 2026
Je la relis… et je pense à la médecine d’ici.
🩺 𝗟𝗲𝘀 𝗺é𝗱𝗲𝗰𝗶𝗻𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝘀𝗰𝗶𝗲𝗻𝘁𝗶𝗳𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 — 𝗽𝗮𝘀 𝗻é𝗰𝗲𝘀𝘀𝗮𝗶𝗿𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗲𝗿𝗰𝗵𝗲𝘂𝗿𝘀
Rappel de la mécanique. Une anecdote ne prouve rien — tout le monde est d’accord, moi le premier. Mais en science, l’anecdote a un travail : elle fait naître une observation.
Les observations s’accumulent. Des corrélations apparaissent. On formule une hypothèse. Et on la teste — avec un essai contrôlé randomisé (ECR), la meilleure façon qu’on ait trouvée de briser une hypothèse, ou de la confirmer.
Or, le médecin vit à la source de cette chaîne. Pas besoin d’un laboratoire, ni de publier des études : être scientifique, c’est une méthode et une posture.
Et le médecin est un scientifique privilégié. Chaque jour, dans son bureau, des patients lui racontent leur histoire. Des anecdotes, en chair et en os, à longueur de journée.

Il peut les accumuler. Il peut les comparer. Il peut y voir des observations, puis des corrélations : « Tiens — mes patients qui coupent les glucides voient leur diabète reculer. »
C’est 100 % de la science, ça. C’est exactement ce que font les médecins qui se spécialisent en santé métabolique : ils écoutent les anecdotes, ils les transforment en observations, ils mesurent, ils ajustent.
🗣️ 𝗟𝗲𝘀 𝗽𝗵𝗿𝗮𝘀𝗲𝘀 𝗾𝘂’𝗶𝗹𝘀 𝗿é𝗽è𝘁𝗲𝗻𝘁 𝘀𝗼𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁
Alors, est-ce qu’ils cherchent à démolir leurs hypothèses? La preuve : écoutez les phrases qui reviennent dès qu’on parle d’alimentation hypercarnivore. Dans l’ordre ou dans le désordre :
« C’est la job d’une nutritionniste. »
« C’est pas ma spécialité. »
« C’est pas ce que les études démontrent. »
Trois réponses. Trois portes qui se ferment. Aucune question qui s’ouvre. Défier ce qu’on croit savoir, ce n’est visiblement pas dans la description de tâches.
Aucune de ces phrases ne pose une question. Aucune ne cherche à démolir quoi que ce soit.
Celui qui récite le guide de pratique sans jamais le confronter à ce qu’il voit devant lui ne fait pas de la science : il fait de la gestion de protocole.
Pour l’alimentation hypercarnivore, la chaîne casse juste avant la dernière étape. On a amplement de quoi passer aux ECR. On ne le fait pas.
🥩 Des anecdotes par milliers, des études par… neuf
Les anecdotes et les observations, on les a : des milliers de personnes racontent la même histoire — satiété, poids perdu, marqueurs métaboliques qui s’améliorent.
Et les études? Une revue de portée publiée en 2026 dans la revue Nutrients (Lietz et coll.) a recensé toute la littérature : neuf études humaines au total sur l’alimentation carnivore.
Des rapports de cas, des sondages, des modélisations. Aucun essai contrôlé randomisé.
Et remarquez : ces neuf études signalent aussi des risques possibles — cholestérol LDL qui monte, certains nutriments à surveiller. Un vrai scientifique voudrait trancher dans les deux sens, avec une vraie étude. On préfère ne pas savoir.
💰 Pourquoi l‘ECR n‘arrive jamais
Parce qu’un modèle alimentaire complet, ça ne se brevète pas.
Fabbri et coll. (2017) ont passé au crible 213 essais contrôlés randomisés en nutrition contre l’obésité : seulement 0,9 % étudiaient un modèle alimentaire complet — pendant que 44,2 % manipulaient des nutriments isolés. On étudie ce qui peut se vendre, pas ce qui se met dans une assiette.
Et quand l’industrie paie, les résultats suivent trop souvent : Schillinger et coll. (2016) ont constaté que 25 des 26 études concluant que les boissons sucrées ne contribuaient pas à l’obésité et au diabète avaient des liens financiers avec l’industrie des boissons sucrées.
Étudier sérieusement l’alimentation hypercarnivore,
ÇA DÉRANGE.
Ça ne vend ni médicaments,
ni produits transformés.
📊 LE DOSSIER EN CHIFFRES
9 — études humaines au total sur l’alimentation carnivore (Lietz, 2026)
0 — essai contrôlé randomisé
0,9 % — des ECR en nutrition/obésité qui étudient un modèle alimentaire complet (Fabbri, 2017)
25 sur 26 — études concluant que les boissons sucrées ne contribuent pas à l’obésité et au diabète, liées financièrement à l’industrie (Schillinger, 2016)
≈ 1 500 — patients suivis à la Clinique Reversa de la Dre Bourdua-Roy
⚖️ Des exceptions existent
Il y en a au Québec même — et des grosses. La Dre Èvelyne Bourdua-Roy, médecin de famille, a fondé en 2017 la Clinique Reversa, un organisme à but non lucratif qui renverse l’obésité et le diabète de type 2 avec une alimentation faible en glucides et le jeûne : quelque 1 500 patients suivis, et des médicaments déprescrits à mesure qu’ils devenaient inutiles.
Sa définition de son métier vaut de l’or : « La médecine est un art et une science; pour pratiquer cet art, il faut asseoir ses connaissances sur la science et la pratique clinique, faire preuve d’ouverture et d’humilité envers tout ce que l’on ne sait pas encore, et chercher, toujours, à mieux comprendre pour mieux aider. » Voilà une scientifique.
Autre exception, plus discrète : un abonné de cette page, atteint d’un trouble bipolaire, a éliminé son médicament principal et un gros médicament cardiovasculaire — avec l’accord de son médecin, qui le suit de près et le teste beaucoup. Ce médecin-là ne récite pas un manuel : il observe, il mesure, il ajuste. Ce médecin-là est un scientifique.
🎯 Ce que je demande
Je ne demande pas qu’on croie les anecdotes. Je demande qu’on fasse l’étude. Qu’un médecin, une université ou un ordre professionnel d’ici dise : « On a assez d’observations pour poser l’hypothèse. Testons-la — pour la briser, si elle est fausse. »
Le jour où la médecine d’ici tombera amoureuse de l’idée de briser ses propres hypothèses, elle n’aura plus besoin de se réfugier derrière « c’est pas ma spécialité ».
📚 Les études citées
Lietz et coll. (2026), Nutrients : https://www.mdpi.com/2072-6643/18/2/348
Fabbri et coll. (2017), Public Health Nutrition : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10261365/
Schillinger et coll. (2016), Annals of Internal Medicine : https://escholarship.org/content/qt59k421zh/qt59k421zh.pdf?v=lg
Source : Nick Norwitz, note Substack du 28 octobre 2026 — https://substack.com/@nicknorwitz/note/c-369111372?r=3uk8a4
