On entend de plus en plus parler de la lipoprotéine(a), ou Lp(a), comme facteur de risque cardiovasculaire.
Et avec raison.
Contrairement à plusieurs autres marqueurs, notre taux de Lp(a) dépend énormément de nos gènes : plus de 90 % de sa variation serait déterminée génétiquement. C’est d’ailleurs pourquoi les experts européens recommandent maintenant de la mesurer au moins une fois à l’âge adulte.
Et voici une clinique du docteur Nick Norwitz MD PhD sur le sujet; lui-même affecté par cette variance génétique grave.
Mais lorsqu’on apprend qu’on a une Lp(a) élevée, une réaction assez naturelle est :
« Génial… c’est génétique. Je suis donc foutu. »
Pas nécessairement.
Une nouvelle étude particulièrement intéressante nous aide à comprendre COMMENT la Lp(a) pourrait endommager nos artères.
Et comprendre le mécanisme change complètement la discussion.
Premièrement : c’est quoi la Lp(a)?
Imaginez une particule ressemblant beaucoup à une particule LDL, mais à laquelle on a ajouté une grosse protéine supplémentaire appelée apolipoprotéine(a).
C’est la Lp(a).
On sait déjà, grâce aux données génétiques et aux grandes études de population, qu’une Lp(a) élevée constitue un facteur causal de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse.
L’explication classique est assez simple :
Les particules pénètrent dans la paroi de l’artère, peuvent y rester coincées et participer au développement de plaques.
Mais cette nouvelle étude suggère que ce n’est peut-être qu’une partie de l’histoire.
🔬 Les chercheurs sont littéralement allés voir dans les artères
Ils ont étudié 1 027 personnes, âgées en moyenne d’environ 67 ans, qui avaient déjà une maladie coronarienne avancée et devaient subir une chirurgie cardiaque.
Ça leur a donné une occasion extrêmement rare :
prélever de vrais morceaux d’artères humaines et regarder ce qui s’y passe directement.
Ils ont mesuré la Lp(a), analysé la génétique des participants et étudié le stress oxydatif directement dans leurs artères.
Et quelque chose de très intéressant est apparu.
Plus la Lp(a) était élevée, plus les artères produisaient une molécule dommageable appelée superoxyde.
Le superoxyde est ce qu’on appelle une espèce réactive de l’oxygène.
Pour simplifier énormément :
🔥 imaginez de petites étincelles chimiques capables d’endommager ce qui les entoure.
Trop de ces « étincelles » favorise le stress oxydatif, l’inflammation et le mauvais fonctionnement des vaisseaux sanguins.
Mais la découverte vraiment intéressante est pourquoi la Lp(a) semblait augmenter ce superoxyde.
🏭 Imaginez une petite machine qui protège vos artères
Les cellules qui tapissent l’intérieur de nos vaisseaux possèdent une enzyme appelée :
synthase endothéliale du monoxyde d’azote, généralement abrégée eNOS.
Pas besoin de retenir le nom. 😆
Retenez seulement ceci :
eNOS est une petite machine qui fabrique du monoxyde d’azote.
Et le monoxyde d’azote (NO) est extrêmement important pour nos artères.
Il aide notamment les vaisseaux sanguins à :
• se détendre;
• maintenir une bonne circulation;
• fonctionner normalement;
• résister à certains processus favorisant l’athérosclérose.
Bref :
NO = bon pour l’artère.
Mais notre petite machine eNOS a besoin d’une pièce essentielle pour fonctionner.
Cette pièce s’appelle :
BH4 — tétrahydrobioptérine.
Imaginez simplement BH4 comme la petite pièce qui permet à la machine de fonctionner correctement.
Normalement :
eNOS + BH4 → monoxyde d’azote → protection de l’artère.
Simple jusqu’ici? 😆
Parce que maintenant ça devient intéressant.
💥 Une Lp(a) élevée semble faire manquer cette pièce
Dans l’étude, une Lp(a) élevée était associée à une moins bonne disponibilité de BH4 dans la paroi artérielle.
Et lorsqu’eNOS manque de BH4, quelque chose d’assez spectaculaire se produit.
La machine ne fait pas simplement :
« Bon, je manque une pièce, alors j’arrête de fonctionner. »
Non.
Elle commence à fabriquer la mauvaise chose.
Au lieu de produire du monoxyde d’azote protecteur…
elle produit davantage de superoxyde.
C’est ce qu’on appelle le découplage de l’eNOS. Ce mécanisme est déjà bien documenté en biologie vasculaire.
Donc :
Lp(a) élevée = ⬇️ moins de BH4 = ⬇️ eNOS fonctionne mal = ⬇️moins de monoxyde d’azote protecteur = plus de superoxyde dommageable
Mais attendez.
Ça devient encore pire.
🔥 Le feu commence ensuite à s’alimenter lui-même
Le superoxyde peut contribuer à détruire encore davantage de BH4.
Donc :
Moins de BH4 → plus de mauvais fonctionnement d’eNOS → plus de superoxyde → encore moins de BH4 → encore plus de superoxyde.
Un cercle vicieux.
C’est probablement l’image la plus importante à retenir de toute l’étude.
😳 Et le risque de mortalité?
Dans cette étude, les personnes ayant les niveaux de Lp(a) les plus élevés présentaient environ 3,3 fois le risque relatif de mortalité cardiaque durant le suivi.
Ça correspond à environ 229 % de risque relatif supplémentaire.
⚠️ Mais attention à ne pas transformer ce chiffre en titre de journal.
Ça ne signifie PAS :
« Toute personne avec une Lp(a) élevée a 230 % plus de risque de mourir du cœur. »
Ces 1 027 personnes avaient déjà une maladie coronarienne avancée et subissaient une chirurgie cardiaque.
C’est donc une population très particulière.
Le chiffre intéressant est surtout ce qui s’est passé lorsque les chercheurs ont tenu compte du superoxyde présent dans les artères :
l’association entre Lp(a) et mortalité cardiaque perdait sa signification statistique.
Ça ne prouve pas que le superoxyde explique absolument tout.
Mais ça suggère fortement que le stress oxydatif local dans l’artère pourrait être une partie importante de la façon dont la Lp(a) augmente le risque cardiovasculaire.
Et autre détail fascinant :
ces associations étaient indépendantes de l’ApoB — l’apolipoprotéine B.
Autrement dit, mesurer uniquement l’ApoB ne raconte probablement pas toute l’histoire de la Lp(a).
🤔 OK… mais si ma Lp(a) est génétique, qu’est–ce que je peux faire?
C’est ici que Nick Norwitz devient optimiste.
Votre taux de Lp(a) peut être principalement déterminé par vos gènes.
Mais :
votre Lp(a) n’agit pas nécessairement dans un vide métabolique.
La santé de vos vaisseaux, votre pression artérielle, votre glycémie, votre tabagisme, votre composition corporelle, votre inflammation et les autres facteurs cardiovasculaires contribuent tous au contexte dans lequel cette Lp(a) évolue.
C’est pourquoi les recommandations actuelles insistent particulièrement sur une gestion agressive des autres facteurs de risque modifiables lorsqu’une Lp(a) élevée est découverte.
Norwitz va toutefois plus loin et propose une hypothèse particulièrement intéressante.
🥩 Et si les cétones pouvaient aider à casser le cercle vicieux?
Lorsque nous réduisons suffisamment les glucides ou que nous jeûnons, le foie fabrique des corps cétoniques.
Le principal est le bêta–hydroxybutyrate.
Des travaux biochimiques suggèrent que son métabolisme peut favoriser la production d’une molécule appelée NADPH, qui participe notamment au recyclage de la forme oxydée de BH4 vers sa forme active.
Pas besoin de retenir NADPH.
Retenez simplement cette possibilité :
Cétones =⬇️ meilleur recyclage de BH4 = ⬇️ eNOS pourrait mieux fonctionner = ⬇️ davantage de monoxyde d’azote = ⬇️
moins de superoxyde
Autrement dit :
le mécanisme biologique qui semble être perturbé par une Lp(a) élevée possède théoriquement une porte de sortie.
Et c’est là que cette étude devient fascinante.
🚨 MAIS : on n’a pas encore prouvé que le keto neutralise le risque de Lp(a)
Et Norwitz lui-même le dit très clairement.
Le mécanisme biochimique est plausible.
Les différentes étapes existent.
Mais nous n’avons pas encore d’essai clinique démontrant :
« Une alimentation cétogène empêche les événements cardiovasculaires causés par une Lp(a) élevée. »
Ça reste une hypothèse clinique à tester.
Et personnellement, c’est exactement le genre de question que j’aimerais voir étudiée.
Pas simplement :
« Est–ce que le keto fait monter ou descendre votre LDL? »
Mais :
« Qu’est–ce que les cétones font réellement à l’intérieur de la paroi artérielle d’une personne ayant une Lp(a) élevée? »
🧪 Première étape : connaissez votre Lp(a)
Et voici probablement la partie la plus simple de toute cette publication.
Contrairement à la glycémie ou aux triglycérides, la Lp(a) change généralement relativement peu durant la vie parce qu’elle est principalement déterminée génétiquement.
C’est pourquoi le consensus de la Société européenne d’athérosclérose recommande :
au moins une mesure de Lp(a) chez chaque adulte.
Une seule prise de sang peut donc révéler un facteur de risque génétique que vous traînez depuis votre naissance sans le savoir.
À titre indicatif, le consensus européen considère :
moins de 75 nmol/L : risque attribuable à la Lp(a) généralement faible
75 à 125 nmol/L : zone grise
plus de 125 nmol/L : niveau associé à une augmentation cliniquement importante du risque
Les laboratoires peuvent également la rapporter en mg/dL, mais il ne faut pas convertir automatiquement entre les deux unités, car la taille des particules varie d’une personne à l’autre.
🎯 Ce qu’il faut retenir
La Lp(a) est principalement génétique.
Une Lp(a) élevée augmente réellement le risque cardiovasculaire.
Mais cette nouvelle étude suggère quelque chose de beaucoup plus intéressant que :
« Lp(a) élevée = mauvaise génétique = bonne chance. »
Elle nous donne une chaîne biologique possible :
Lp(a) élevée → moins de BH4 → mauvais fonctionnement d’eNOS
→ moins de monoxyde d’azote → plus de superoxyde → stress oxydatif → encore moins de BH4
Un cercle vicieux directement dans la paroi de l’artère.
Et lorsqu’on comprend le cercle vicieux, on peut commencer à chercher comment le briser.
C’est probablement ça que je trouve le plus encourageant dans cette recherche.
Nos gènes peuvent allumer l’allumette.
Mais ils ne décident peut-être pas à eux seuls si toute la maison va brûler.
