Je parle souvent ici de prévention et de certains examens qu’un médecin ne demandera généralement pas chez une personne qui n’a aucun symptôme.
Mais le fait de se sentir en bonne santé aujourd’hui ne signifie pas qu’aucun dommage ne s’est accumulé dans le passé.
Surtout si on a traversé plusieurs années avec beaucoup de gras viscéral, une mauvaise glycémie, de l’hypertension, peu d’activité physique ou une alimentation inadéquate, certains changements ont pu s’installer silencieusement, même si notre santé s’est grandement améliorée depuis.
À l’inverse, lorsqu’une personne présente encore une très mauvaise santé métabolique, multiplier les examens avancés n’est pas toujours la priorité. Ça donne quoi de chercher un problème extrêmement précis si on mange encore 400 grammes de glucides par jour, qu’on ne fait aucun exercice, qu’on dort mal et qu’on accumule beaucoup de gras viscéral?
À moins d’avoir des symptômes inquiétants, le plus grand levier se trouve probablement déjà devant nous.
Mais la situation change lorsqu’on inverse le scénario.
Qu’arrive-t-il lorsqu’on se sent maintenant en excellente santé, que nos marqueurs se sont améliorés, qu’on fait de l’exercice, qu’on dort bien et qu’il ne reste plus beaucoup de gros drapeaux rouges évidents à corriger?
C’est souvent à ce moment-là que les médecins sont les plus difficiles à convaincre de pousser les investigations plus loin : vous allez bien et vous n’avez aucun symptôme.
Pourtant, notre bilan sanguin actuel ne montre pas directement ce qui s’est accumulé dans nos artères pendant les 10, 20 ou 30 années précédentes.
Un cholestérol « correct » ne garantit pas des artères intactes
Une étude américaine a analysé 136 905 personnes hospitalisées pour une maladie coronarienne.
Parmi celles qui n’avaient auparavant ni maladie cardiovasculaire connue ni diabète, 72,1 % avaient un cholestérol LDL inférieur à 3,36 mmol/L, soit la cible considérée comme acceptable à l’époque pour cette population. Même 41,5 % avaient un LDL inférieur à 2,59 mmol/L.
Autrement dit, une majorité ne présentait pas le fameux cholestérol très élevé qu’on associe spontanément à quelqu’un dont les artères sont malades.
Cela ne signifie pas que toutes ces personnes étaient métaboliquement en parfaite santé. Cela démontre cependant qu’on peut n’avoir aucun diagnostic cardiovasculaire connu, présenter un LDL considéré comme acceptable et avoir malgré tout développé suffisamment d’athérosclérose pour se retrouver à l’hôpital.
UN BILAN SANGUIN MESURE DES FACTEURS DE RISQUE. IL NE MONTRE PAS DIRECTEMENT L’ÉTAT DE NOS ARTÈRES.
Une plaque molle, c’est quoi?
L’athérosclérose ne commence pas avec un bloc de calcium.
Des lipides s’accumulent dans la paroi de l’artère. Des cellules immunitaires interviennent, du tissu fibreux se forme et la structure de l’artère se transforme progressivement.
Au début, une grande partie de la plaque peut être non calcifiée. C’est ce qu’on appelle couramment une plaque molle, même si elle contient en réalité un mélange de lipides, de cellules inflammatoires et de tissu fibreux.
Certaines de ces plaques peuvent être vulnérables. Si leur enveloppe se rompt ou s’érode, un caillot peut se former rapidement et bloquer l’artère.
Qu’est–ce qu’une plaque qui se calcifie?
Avec le temps, des cellules meurent dans la plaque et de minuscules cristaux de calcium et de phosphate apparaissent. Ce sont des microcalcifications.
Ces dépôts peuvent ensuite se regrouper et former des zones de calcium de plus en plus grandes et denses. Et des roches dans des veines et artères, c’pas une bonne idée.
C’est cela, la calcification d’une plaque.
Il n’existe pas de chronomètre universel selon lequel chaque plaque molle devient calcifiée après exactement cinq ans. Certaines progressent rapidement, d’autres beaucoup plus lentement.
Mais pour donner un ordre de grandeur réaliste, les études qui ont répété l’imagerie des mêmes personnes montrent déjà des changements mesurables dans le volume et la composition des plaques sur environ trois à quatre ans. On parle donc de changements possibles en quelques années, pas nécessairement en vingt ans.
La calcification n’est toutefois pas automatiquement une aggravation. Une plaque densément calcifiée peut être plus stable qu’une plaque molle riche en lipides. Certaines interventions peuvent d’ailleurs réduire les composantes molles tout en rendant le calcium plus dense.
Peut–on faire disparaître une plaque calcifiée?
On peut ralentir l’athérosclérose, stabiliser une plaque et parfois réduire son volume ou ses composantes non calcifiées.
L’épaisseur de la zone atteinte et les tissus entourant la partie calcifiée peuvent donc diminuer.
Mais lorsqu’un dépôt important de calcium dense est déjà incorporé dans la plaque, on ne possède actuellement aucun traitement permettant simplement de l’effacer et de remettre l’artère dans son état original.
Le calcium déjà déposé tend à demeurer présent, même lorsqu’une partie de la plaque régresse ou devient plus stable.
Voilà pourquoi je trouve intéressant de découvrir l’athérosclérose pendant qu’une partie importante des plaques est encore non calcifiée et potentiellement plus modifiable.
COMMENT VÉRIFIER LES PLAQUES MOLLES?
La Dre Lily Johnston mentionne principalement deux possibilités : l’angiographie coronarienne par tomodensitométrie et l’échographie vasculaire. Et pas le score calcique coronarien, car lui ne fait que vérifier les plaques calcifiées.
https://www.youtube.com/shorts/FhKRZdQvUq4
L’angiographie coronarienne par tomodensitométrie, ou angio–TDM coronarienne, utilise un scanner et l’injection d’un produit de contraste iodé.
Contrairement au simple score calcique, elle permet de voir directement :
• les plaques non calcifiées;
• les plaques calcifiées;
• les plaques mixtes;
• le rétrécissement des artères;
• certaines caractéristiques associées aux plaques plus vulnérables.
C’est actuellement l’un des examens non invasifs les plus complets pour obtenir un portrait direct des artères coronaires.
L’échographie vasculaire
Une échographie des carotides ou des artères fémorales utilise des ultrasons.
Elle ne produit aucune radiation et ne nécessite pas de produit de contraste iodé.
Elle peut révéler des plaques dans les artères examinées, ce qui démontre la présence d’athérosclérose dans le système artériel.
Mais une échographie des carotides ne montre pas directement les artères coronaires. Une échographie normale ne garantit donc pas que les coronaires sont elles aussi exemptes de plaques.
L’ANGIO–TDM CORONARIENNE EST–ELLE SÉCURITAIRE?
L’examen est non invasif, mais il comporte deux éléments à considérer :
1. les rayons X;
2. le produit de contraste iodé.
L’exposition aux rayons X se mesure en millisieverts, abrégés mSv. Le millisievert est une unité représentant la dose de rayonnement reçue par le corps en tenant compte de son effet biologique. Plus le nombre est faible, moins l’exposition est importante.
Et tous les appareils ne produisent pas la même dose.
Des estimations générales placent l’angio-TDM coronarienne autour de plusieurs mSv, mais des scanners cardiaques modernes utilisant des protocoles optimisés peuvent parfois réaliser l’examen autour de 1 mSv ou moins, particulièrement chez les patients qui s’y prêtent bien.
Avant de choisir un centre, la question concrète à poser est donc :
« Quelle est la dose efficace moyenne, en millisieverts, de votre angio–TDM coronarienne? Utilisez–vous un protocole cardiaque moderne à faible dose? »
Le produit de contraste iodé peut poser problème chez certaines personnes ayant une fonction rénale très diminuée. Une réaction allergique est également possible, mais les réactions graves demeurent rares.
Le test n’est donc pas totalement sans risque. Mais une angio-TDM moderne à faible dose réalisée une seule fois n’a pas le même profil qu’un ancien protocole fortement irradiant ou que des scanners répétés inutilement.
À QUELLE FRÉQUENCE?
Je ne parle pas de passer une angio-TDM tous les ans.
Je parle de vérifier au moins une fois si plusieurs décennies de notre vie ont déjà possiblement laissé de l’athérosclérose dans nos artères, particulièrement lorsqu’on n’a pas toujours eu une bonne santé métabolique.
Si l’examen est normal et qu’on maintient ensuite une bonne santé métabolique, qu’on demeure actif, qu’on dort bien et qu’aucun nouveau facteur de risque important n’apparaît, il y a probablement peu d’intérêt à répéter régulièrement un examen irradiant simplement pour regarder.
Si des plaques sont découvertes, la situation change. On ne cherche plus à prévenir une maladie hypothétique : on sait qu’elle est déjà présente. Le résultat peut alors influencer la prise en charge et la pertinence d’un suivi futur.
Il n’existe pas de fréquence universelle applicable à tout le monde. L’idée n’est pas de collectionner les scanners.
L’idée est de savoir une fois où on en est, puis de faire tout ce qu’on peut pour empêcher la maladie de progresser.
Parce que se sentir en santé aujourd’hui ne nous dit pas nécessairement ce que les années précédentes ont laissé derrière elles.
