Nutrition · 12 octobre 2026 · par Daniel Bigras

LE GRAS VISCÉRAL : LE GRAS QU’ON DEVRAIT VRAIMENT VOULOIR PERDRE

⠀ Quand on parle de perdre du gras, on pense généralement à ce qu’on voit dans le miroir. Pourtant, le Dr Nick Norwitz rappelle dans sa dernière analyse qu’il existe une différence importante entre le gras sous la peau et le gras viscéral, celui qui s’accumule profondément dans l’abdomen autour de nos organes.

Le gras sous la peau peut être parfaitement normal et joue même plusieurs rôles utiles. Le gras viscéral, lui, est beaucoup plus actif sur le plan métabolique : il libère des molécules inflammatoires et est fortement associé à la résistance à l’insuline, aux maladies cardiovasculaires et à plusieurs autres problèmes métaboliques. ⠀ Autrement dit, deux personnes de même poids peuvent avoir des profils de santé très différents selon l’endroit où leur corps entrepose le gras. ⠀

🧠 Trop de gras viscéral semble même associé au vieillissement du cerveau

⠀ Une étude publiée en 2026 dans Nature Communications a suivi des participants provenant de plusieurs essais cliniques pendant 5 à 16 ans. Les chercheurs disposaient d’imageries du gras abdominal, d’IRM du cerveau et de tests cognitifs.

Chez les 533 participants ayant eu une IRM cérébrale au suivi, une exposition plus importante au gras viscéral était associée à davantage d’atrophie cérébrale, tandis qu’une diminution durable du gras viscéral était associée à une meilleure préservation du volume du cerveau et de certaines fonctions cognitives. Fait intéressant, la même relation n’était pas observée aussi clairement avec le gras situé simplement sous la peau. ⠀ Ça ne signifie pas que chaque gramme de gras abdominal détruit directement des neurones. Mais ça renforce une idée importante : le gras viscéral n’est pas simplement une réserve d’énergie passive. C’est un tissu biologiquement actif qui peut influencer le reste du corps. ⠀ La bonne nouvelle, selon Norwitz, est que ce gras semble aussi être particulièrement sensible aux changements métaboliques. Et plusieurs essais randomisés nous donnent maintenant des pistes intéressantes. ⠀

🌽 1. L’amidon résistant : un résultat franchement surprenant

⠀ Dans un essai randomisé publié dans Nature Metabolism, 37 personnes en surpoids ou obèses ont reçu pendant huit semaines soit un amidon témoin, soit 40 grammes par jour d’amidon résistant provenant du maïs, tout en mangeant des repas contrôlés comparables.

Avec l’amidon résistant, les participants ont perdu en moyenne 2,8 kg, leur sensibilité à l’insuline s’est améliorée et l’imagerie a montré une diminution du gras viscéral. Les chercheurs ont également obtenu des indices indiquant qu’une partie de l’effet passait par des changements du microbiote intestinal, c’est-à-dire les bactéries vivant dans l’intestin. ⠀ C’est intéressant parce que les calories étaient contrôlées. Le résultat suggère donc que la composition de l’alimentation peut influencer la façon dont le corps entrepose ou mobilise son gras, et pas seulement le nombre de calories consommées.

Ça ne signifie évidemment pas que tout le monde devrait commencer demain matin à avaler 40 grammes d’amidon résistant. D’autres études sur l’amidon résistant ont obtenu des résultats différents selon les populations et les protocoles. Mais cet essai montre qu’on peut modifier le gras viscéral autrement qu’en disant simplement « mange moins ». ⠀

🍵 2. Une alimentation qui a fait fondre deux fois plus de gras viscéral

⠀ L’essai DIRECT-PLUS a suivi 294 personnes pendant 18 mois. Tous les groupes recevaient des conseils alimentaires et faisaient de l’activité physique, mais un groupe suivait une alimentation méditerranéenne enrichie notamment de noix, de 3 à 4 tasses de thé vert par jour et d’une petite plante aquatique appelée Wolffia globosa.

La perte de poids totale entre les groupes n’était pas spectaculairement différente. Pourtant, la différence dans le gras viscéral l’était beaucoup plus : environ −4,2 % avec les recommandations alimentaires générales, −6,0 % avec l’alimentation méditerranéenne et −14,1 % avec la version enrichie. ⠀ C’est presque le message central de toute la publication de Norwitz : perdre cinq kilos ne nous dit pas nécessairement quels cinq kilos nous avons perdus.

Une intervention qui retire davantage de gras autour du foie, du pancréas et des autres organes peut avoir un intérêt métabolique différent d’une intervention produisant exactement la même perte de poids sur la balance. ⠀

💉 3. Un médicament capable de cibler particulièrement le gras viscéral

⠀ Norwitz présente ensuite la tésamoréline, un médicament injectable qui stimule le système naturel de l’hormone de croissance. Dans un essai randomisé publié dans le New England Journal of Medicine, 412 personnes vivant avec le VIH et présentant une accumulation anormale de gras abdominal ont reçu soit la tésamoréline, soit un placebo pendant 26 semaines.

Le gras viscéral a diminué de 15,2 % dans le groupe traité, alors qu’il a augmenté de 5 % dans le groupe placebo. ⠀ Ici, il faut faire une distinction importante que Norwitz pousse un peu moins fortement que je le ferais : la tésamoréline est approuvée pour une situation médicale particulière liée au VIH, pas comme médicament général pour faire perdre le ventre à monsieur et madame Tout-le-Monde.

L’expérience demeure fascinante parce qu’elle démontre quelque chose de biologique : il est possible de provoquer une diminution assez sélective du gras viscéral sans simplement faire disparaître uniformément tout le gras du corps. ⠀

🚴 4. Puis il y a l’option gratuite : travailler très fort… mais pas longtemps

⠀ Dans un essai randomisé sur 45 jeunes femmes, un groupe faisait de l’exercice continu à intensité modérée tandis qu’un autre faisait des séances de 20 minutes d’intervalles très intenses, trois fois par semaine pendant 15 semaines.

Le protocole était assez brutal mais simple : 8 secondes de sprint sur vélo, suivies de 12 secondes à faible intensité, répétées pendant la séance. Seul le groupe faisant les intervalles très intenses a obtenu une diminution significative du gras corporel total, du gras du tronc et de l’insuline à jeun. ⠀ Ce résultat est particulièrement intéressant parce que ces femmes ne passaient pas des heures à faire du cardio. On parle d’environ une heure d’entraînement par semaine.

L’idée n’est donc pas simplement de calculer combien de calories sont brûlées pendant 20 minutes. Des efforts très intenses semblent produire des adaptations dans les muscles, la sensibilité à l’insuline et l’utilisation de l’énergie qui continuent d’avoir des conséquences bien après l’exercice. ⠀ Et « sprint » ne signifie pas nécessairement courir à pleine vitesse. Le vélo, la natation, un rameur ou d’autres exercices permettant quelques secondes d’effort très intense peuvent produire le même type de stimulus, avec une progression adaptée à la condition physique de chacun. ⠀

🎯 Le chiffre sur la balance ne raconte qu’une partie de l’histoire

⠀ C’est probablement ce que je retiens le plus du dossier de Norwitz.

Pendant des décennies, on a surtout parlé de poids, d’indice de masse corporelle et de calories. Pourtant, 90 kg avec peu de gras viscéral et 90 kg avec beaucoup de gras autour du foie, du pancréas et des intestins ne représentent pas nécessairement la même situation métabolique. ⠀ Et plusieurs de ces expériences montrent quelque chose d’encore plus intéressant : la quantité de gras viscéral peut changer davantage que le poids total ne le laisse croire.

C’est pourquoi le tour de taille, la composition corporelle, la glycémie, les triglycérides, la sensibilité à l’insuline et d’autres marqueurs peuvent parfois raconter une histoire beaucoup plus utile que la balance toute seule. ⠀ Norwitz résume son article en disant essentiellement que le gras viscéral est dangereux, mais aussi étonnamment modifiable.

Je le formulerais encore plus simplement :

Le gras qu’on voit nous préoccupe souvent pour l’apparence. Le gras qu’on ne voit pas est probablement celui qui mérite le plus notre attention pour la santé.

⠀ Et heureusement, ce gras profond semble être l’un de ceux que notre métabolisme est capable de mobiliser assez rapidement lorsque les bons signaux sont présents. ⠀

📚 Sources

⠀ Nick Norwitz, MD, PhD — How To Destroy Visceral Fat (Proven in 4 RCTs), StayCurious Metabolism, 11 octobre 2026.

[Étude 2026 — gras viscéral, vieillissement cérébral et cognition, Nature Communications](https://www.nature.com/articles/s41467-026-71141-4)

[Essai sur l’amidon résistant — Nature Metabolism](https://www.nature.com/articles/s42255-024-00988-y)

[DIRECT-PLUS — alimentation et gras viscéral, PubMed](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36175997/)

[Tésamoréline — essai randomisé, New England Journal of Medicine](https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa072375)

[Intervalles de haute intensité et gras abdominal — International Journal of Obesity](https://www.nature.com/articles/0803781)

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