⠀ Le Dr Shawn Baker vient de répondre à une vidéo de Mike Israetel sur l’alimentation carnivore. Petite précision utile : Israetel n’est pas médecin. Il détient un doctorat en physiologie du sport, a enseigné les sciences de l’exercice et la nutrition sportive et est cofondateur de Renaissance Periodization. ⠀ Israetel commentait une nouvelle revue scientifique allemande sur l’alimentation carnivore. Son message est assez nuancé : certaines personnes semblent clairement en tirer des bénéfices, mais cela ne signifie pas que ce soit nécessairement l’alimentation idéale à long terme. ⠀ Baker ne conteste même pas la première partie.
Là où il attaque, très calmement, c’est sur ce qu’on peut réellement conclure avec les données disponibles. ⠀
🔬 D’abord, qu’est-ce que cette nouvelle étude a réellement trouvé?
⠀ Ce n’est pas un grand essai clinique où des milliers de personnes auraient été suivies pendant 20 ans.
C’est une revue de la littérature : les chercheurs ont cherché tout ce qui existait chez l’humain sur l’alimentation carnivore et n’ont trouvé que neuf études admissibles. Plusieurs étaient petites, certaines étaient des questionnaires, des rapports de cas ou même des analyses théoriques de menus. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes que la qualité générale des preuves est très faible, avec peu de participants, peu de groupes témoins et des durées généralement courtes. ⠀ Malgré ça, les études disponibles rapportaient chez certains participants une perte de poids, davantage de satiété et des améliorations de certains marqueurs métaboliques ou inflammatoires. Dans certaines publications, des patients avaient aussi réduit des médicaments ou amélioré des maladies existantes. ⠀ Mais la revue soulève parallèlement plusieurs inquiétudes : très peu de fibres, certains apports en vitamines et minéraux sous les recommandations, augmentation du cholestérol LDL chez certaines personnes et possibilité d’un risque cardiovasculaire à long terme. ⠀ Puis elle arrive à cette conclusion : nous n’avons pas suffisamment de données pour établir la sécurité à long terme, donc l’alimentation carnivore ne peut actuellement pas être recommandée à long terme. ⠀ Et c’est précisément là que Baker intervient. ⠀
🤔 « On ne sait pas »… alors comment sait-on que ça va mal finir?
⠀ L’argument principal de Baker est simple.
Si on possède très peu de données à long terme sur des humains qui mangent carnivore, on ne peut pas affirmer avec confiance :
« Cette alimentation est sécuritaire à long terme. »
Mais on ne peut pas davantage transformer automatiquement l’absence de données en :
« Cette alimentation causera des problèmes à long terme. » ⠀ C’est une distinction importante.
L’absence de preuve de danger n’est pas une preuve de sécurité. Mais l’absence de preuve de sécurité n’est pas non plus une preuve de danger. ⠀ La revue reconnaît elle-même qu’aucune des études disponibles n’a mesuré de véritables résultats cliniques à long terme — infarctus, cancers, mortalité, etc. — chez une population carnivore suivie pendant des années. ⠀ Baker reproche donc essentiellement qu’on utilise parfois des données provenant de personnes suivant une alimentation occidentale ordinaire pour prédire ce qui arrivera à une population métaboliquement très différente. ⠀
🌾 Exemple numéro un : les fibres
⠀ Israetel affirme qu’une alimentation sans fibres est objectivement une mauvaise idée.
La logique traditionnelle est facile à comprendre : dans de grandes populations, les personnes consommant davantage de fibres ont généralement de meilleurs résultats cardiovasculaires, métaboliques et intestinaux. La revue allemande reprend d’ailleurs ces données. ⠀ Baker pose cependant une autre question :
Les fibres sont-elles bénéfiques parce que notre corps en a absolument besoin, ou parce qu’elles corrigent certains problèmes créés par une alimentation riche en glucides et en calories? ⠀ Par exemple, les fibres ralentissent l’absorption des glucides et réduisent souvent la montée de glycémie après un repas.
Très bien.
Mais quelqu’un qui mange presque zéro glucide obtient déjà une très faible montée de glycémie après son repas… sans avoir besoin des fibres pour la ralentir. ⠀ Les fibres peuvent également augmenter la satiété et faciliter la perte de poids.
Mais une alimentation riche en protéines peut elle aussi produire une forte satiété. ⠀ Cela ne prouve pas que les fibres sont inutiles.
Ça montre simplement pourquoi il est dangereux de supposer que le bénéfice observé dans une alimentation traditionnelle sera nécessairement identique dans une alimentation complètement différente. ⠀ Autre détail intéressant : une des rares études comparant directement le microbiote d’un homme carnivore depuis plus de quatre ans à celui d’omnivores n’a pas trouvé de différence importante dans la diversité globale du microbiote. C’est un seul cas carnivore, donc certainement pas une preuve définitive, mais ça montre à quel point les données directes restent minces. ⠀
❤️ Puis arrive le gros morceau : LDL et ApoB
⠀ Baker ne dit pas que le cholestérol LDL ou l’apolipoprotéine B (ApoB) sont sans importance.
L’ApoB donne essentiellement une estimation du nombre de particules capables de pénétrer dans la paroi des artères. Dans la population générale, davantage de particules ApoB est associé à davantage de risque d’athérosclérose. ⠀ Là où Baker diverge, c’est qu’il doute qu’on puisse prendre ce risque observé dans la population générale et l’appliquer exactement de la même façon à une personne carnivore métaboliquement saine, avec faible glycémie, faibles triglycérides, bonne pression artérielle et peu d’inflammation.
La revue elle-même reconnaît un point particulièrement important : on ignore encore si les fortes augmentations de LDL observées chez certains carnivores se traduisent réellement par davantage de maladies cardiovasculaires. Les données sont simplement insuffisantes. ⠀ Ça ne signifie pas que le LDL élevé devient soudainement inoffensif.
Ça signifie que la question précise n’a pas encore été réglée. ⠀ Et c’est probablement l’un des messages les plus importants de toute cette discussion : on peut reconnaître qu’ApoB est un facteur de risque cardiovasculaire établi tout en reconnaissant que nous n’avons pas encore les essais à long terme permettant de quantifier ce risque dans cette population particulière. ⠀
🥩 Et les supposées carences?
⠀ La revue mentionne notamment la vitamine C, le calcium, le magnésium, l’iode et certaines vitamines B.
Mais ici encore, il faut comprendre d’où viennent les chiffres.
Deux des études utilisées pour parler de déficiences nutritionnelles n’ont même pas étudié des personnes carnivores : les chercheurs ont construit des menus carnivores théoriques et les ont comparés aux apports nutritionnels recommandés. ⠀ C’est utile pour repérer des risques potentiels.
Mais un menu calculé sous une recommandation nutritionnelle n’est pas automatiquement une carence clinique chez un humain. ⠀ Et l’alimentation carnivore n’est pas nécessairement uniquement du steak.
Dans la conception de Baker, elle peut comprendre viande rouge, poissons gras, fruits de mer, œufs, abats et produits laitiers. La composition nutritionnelle peut donc varier énormément selon ce que la personne mange. ⠀ Encore une fois : ça ne signifie pas que les carences sont impossibles.
Ça signifie qu’il faut distinguer « ce régime pourrait fournir trop peu de ce nutriment selon nos modèles » de « les gens développent effectivement une maladie de carence ». ⠀
🏃 Et les glucides pour le sport?
⠀ Israetel, spécialiste de la performance sportive, affirme aussi que les glucides facilitent l’énergie disponible et la récupération.
Baker répond qu’il existe des athlètes capables de performances très élevées avec très peu de glucides — lui-même a établi des records d’aviron en mangeant carnivore.
Ça démontre effectivement une chose : les glucides ne sont pas indispensables pour être capable de produire une performance athlétique importante. ⠀ Mais ça ne démontre pas que glucides et absence de glucides donnent toujours exactement les mêmes performances.
Baker reconnaît d’ailleurs qu’au fur et à mesure qu’on se dirige vers des efforts très longs et intenses, comme un marathon, les glucides peuvent apporter un avantage. ⠀ Donc ici aussi, le message raisonnable n’est ni :
« Sans glucides, impossible de performer. »
ni :
« Les glucides ne servent jamais à rien. » ⠀ Le type de sport, sa durée, son intensité et l’adaptation métabolique de l’athlète changent énormément la réponse. ⠀
🎯 Et finalement, Baker arrive à une conclusion étonnamment prudente
⠀ Il ne dit pas :
« Nous avons prouvé que carnivore fait vivre plus longtemps. »
Il dit pratiquement l’inverse. ⠀ Nous savons que certaines personnes rapportent des améliorations considérables. Nous avons maintenant quelques études humaines montrant des signaux intéressants. Nous avons aussi des inquiétudes légitimes à surveiller, notamment certains lipides et certains nutriments.
Mais pour répondre aux vraies questions —
Est-ce sécuritaire pendant 30 ans?
Est-ce que ça augmente ou réduit les maladies cardiovasculaires?
Est-ce que ça augmente ou réduit la mortalité?
— la réponse scientifique actuelle demeure :
On ne le sait pas encore.
⠀ Et c’est là que Baker « démolit » gentiment une partie de l’argumentation.
Il ne prouve pas que toutes les inquiétudes sont fausses.
Il rappelle simplement qu’une hypothèse plausible reste une hypothèse tant qu’on ne l’a pas testée dans la population dont on parle. ⠀ C’est peut-être moins spectaculaire que « le carnivore va vous tuer » ou « le carnivore vous fera vivre jusqu’à 120 ans ».
Mais scientifiquement, c’est beaucoup plus propre. ⠀
📚 Sources
Vidéo: https://youtu.be/9MpjZNWwDdQ?si=gbp9P4XVtt5ZtsVQ
⠀ Lietz A, Dapprich J, Fischer T. — Carnivore Diet: A Scoping Review of the Current Evidence, Potential Benefits and Risks. Nutrients, 2026.
[Étude complète sur PubMed Central](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12845189)⠀ Michael Israetel, PhD — physiologie du sport, Renaissance Periodization.
[Profil professionnel](https://rpstrength.com/pages/team/michael-israetel)
