Nutrition · 17 septembre 2026 · par Daniel Bigras

TES REINS PEUVENT ÊTRE ENDOMMAGÉS SANS QUE TU LE SACHES

Dans une récente vidéo, le Dr Tony Hampton rappelle quelque chose d’important : une maladie rénale peut progresser longtemps sans douleur et sans symptôme évident.

https://www.youtube.com/watch?v=rjYN_rlv2y0

C’est ce qui rend les reins particuliers. Ils peuvent continuer à travailler assez bien pour qu’on se sente normal, même si des dommages ont déjà commencé.

🚽 CERTAINS SIGNES PEUVENT QUAND MÊME APPARAÎTRE

Une urine qui devient souvent très mousseuse peut parfois indiquer que des protéines passent dans l’urine alors qu’elles devraient normalement rester dans le sang.

Des chevilles qui gonflent, une fatigue inhabituelle, un changement marqué dans la quantité d’urine ou des démangeaisons persistantes peuvent aussi accompagner une maladie rénale.

Mais Hampton insiste sur un point : ces symptômes ne suffisent pas pour savoir si les reins sont malades. Et surtout, on peut avoir une maladie rénale sans aucun de ces signes.

🔬 DEUX EXAMENS RACONTENT DEUX CHOSES DIFFÉRENTES

Le premier est le débit de filtration glomérulaire estimé. En français simple, c’est une estimation de la capacité des reins à filtrer le sang.

Le deuxième est le rapport albumine/créatinine dans l’urine. Celui-là cherche à savoir si de l’albumine, une protéine normalement présente dans le sang, commence à fuir dans l’urine.

L’analogie de Hampton est excellente :

Le premier test demande : « Est–ce que le filtre fonctionne encore bien? »

Le deuxième demande : « Est–ce que le filtre commence à être endommagé? »

Et ce n’est pas la même chose. Un rein peut encore filtrer relativement bien tout en commençant déjà à laisser passer des protéines.

C’est pourquoi regarder seulement la créatinine dans le sang ne raconte pas toujours toute l’histoire.

🥩 ET LÀ ARRIVE LA QUESTION QUI REVIENT TOUT LE TEMPS : « EST–CE QUE BEAUCOUP DE PROTÉINES DÉTRUISENT LES REINS? »

Hampton répond : pas automatiquement, surtout chez quelqu’un qui a des reins sains.

Le problème, c’est qu’on utilise souvent la créatinine pour estimer la fonction rénale. Mais la créatinine n’est pas influencée uniquement par les reins.

Elle peut aussi varier selon la masse musculaire, l’exercice, la consommation de viande et la prise de créatine.

Donc une personne musclée qui s’entraîne, mange beaucoup de viande et prend de la créatine peut avoir une créatinine plus élevée qu’une personne sédentaire, sans que cela signifie automatiquement que ses reins sont endommagés.

Quand la créatinine semble ne pas correspondre au reste du portrait, un autre marqueur appelé cystatine C peut être utile. C’est une protéine mesurée dans le sang qui permet elle aussi d’estimer la filtration des reins, mais qui est beaucoup moins influencée par la masse musculaire.

📚 ET LES ÉTUDES SUR LES RÉGIMES RICHES EN PROTÉINES?

Hampton cite une revue scientifique de 2026 qui a regroupé 22 essais cliniques randomisés chez des adultes qui n’avaient pas de maladie rénale chronique.

Dans plusieurs de ces études, les participants mangeaient beaucoup de protéines, parfois 2 grammes de protéines par kilogramme de poids corporel par jour ou davantage.

Les chercheurs ont observé que les reins filtraient parfois davantage. Ce phénomène s’appelle l’hyperfiltration, ce qui signifie simplement que les reins augmentent leur travail de filtration.

Mais les chercheurs n’ont pas trouvé de signe biochimique constant montrant que ces régimes riches en protéines endommageaient les reins pendant la durée des études.

C’est rassurant, mais ce n’est pas une preuve qu’une énorme quantité de protéines est sans risque pendant 30 ans. Les études nutritionnelles durent rarement assez longtemps pour répondre parfaitement à cette question.

⚠️ Reins sains et reins malades : ce n’est pas la même situation

C’est une distinction importante dans la vidéo.

Une personne qui a des reins normaux, aucune protéine anormale dans l’urine et aucune maladie rénale connue n’est pas dans la même situation qu’une personne qui souffre déjà d’une maladie rénale avancée.

Quand les reins sont déjà endommagés, la quantité de protéines peut devenir une vraie question médicale, parce qu’on ne veut pas imposer davantage de travail à des reins déjà fragiles.

Donc deux erreurs sont possibles : dire que toutes les protéines détruisent les reins, ou dire que les protéines ne peuvent jamais poser problème.

La réalité dépend surtout de l’état des reins de la personne.

🩸 PENDANT QU’ON ACCUSE LE STEAK, ON OUBLIE PARFOIS LES DEUX GROS COUPABLES

Hampton revient ensuite à ce qui endommage réellement beaucoup de reins : le diabète et l’hypertension artérielle.

Une glycémie chroniquement trop élevée peut abîmer les petits vaisseaux et les minuscules filtres des reins. Une pression artérielle trop élevée peut elle aussi endommager ces structures.

Et un cercle vicieux peut commencer : la pression élevée abîme les reins, puis les reins endommagés deviennent moins efficaces pour réguler la pression, ce qui peut accélérer encore les dommages.

C’est aussi pourquoi améliorer la glycémie, la résistance à l’insuline, le poids et la pression artérielle peut être important pour protéger les reins.

Hampton ajoute que les alimentations faibles en glucides pourraient donc aider indirectement certaines personnes en améliorant ces facteurs. Mais il précise aussi qu’on n’a pas encore assez de données à long terme pour dire que chaque personne atteinte d’une maladie rénale devrait automatiquement manger cétogène ou carnivore.

🎯 LE MESSAGE LE PLUS IMPORTANT DE LA VIDÉO

Ne pas attendre d’avoir mal aux reins.

Une maladie rénale chronique peut avancer silencieusement. Les pierres aux reins peuvent faire mal. Une infection rénale peut faire mal. Mais une maladie rénale chronique peut progresser sans douleur.

Pour avoir un portrait plus complet, il faut regarder plusieurs choses ensemble : la filtration des reins, la présence éventuelle de protéines dans l’urine, la pression artérielle, le diabète, les médicaments, la masse musculaire et le contexte général.

Et si la créatinine paraît élevée chez quelqu’un de musclé, qui mange beaucoup de viande ou qui prend de la créatine, ça mérite d’être interprété dans le contexte plutôt que de conclure immédiatement que les reins sont endommagés.

La phrase de Hampton résume très bien toute la vidéo :

« Suivez les données et suivez le patient, pas la tribu. »

Parce que les reins ont une drôle de façon de fonctionner :

ils peuvent rester silencieux longtemps.

Le meilleur moment pour les écouter, c’est donc pendant qu’ils chuchotent encore.

📚 Sources

Silva et coll., 2026 — 22 essais randomisés sur les régimes riches en protéines et la fonction rénale chez des adultes sans maladie rénale chronique.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42289790/?utm_source=chatgpt.com

KDIGO — recommandations internationales sur la maladie rénale chronique et l’apport protéique.
https://kdigo.org/wp-content/uploads/2024/03/KDIGO-2024-CKD-Guideline.pdf?utm_source=chatgpt.com

National Kidney Foundation — rapport albumine/créatinine urinaire et dépistage des lésions rénales.
https://www.kidney.org/kidney-topics/urine-albumin-creatinine-ratio-uacr?utm_source=chatgpt.com

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