Cette étude montre qu’un jeûne à l’eau de sept jours provoque une réorganisation biologique massive, bien au-delà de la simple baisse du glucose ou de l’augmentation des cétones.
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7617311/
Elle ne démontre pas qu’il faut absolument jeûner trois jours pour obtenir des bienfaits. Elle montre plutôt qu’après environ trois jours, les changements biologiques deviennent beaucoup plus vastes et clairement mesurables dans l’ensemble du corps.
Ce que les chercheurs ont fait
Ils ont suivi 12 adultes généralement en bonne santé, soit 7 hommes et 5 femmes.
Pendant sept jours :
• aucune nourriture;
• aucune calorie;
• seulement de l’eau.
Des prélèvements ont été effectués avant le jeûne, chaque jour pendant le jeûne, puis après la reprise alimentaire.
Les chercheurs ont mesuré environ 3 000 protéines présentes dans le plasma sanguin.
Le plasma est la partie liquide du sang dans laquelle circulent notamment les hormones, les nutriments, les anticorps et différentes protéines utilisées pour la communication entre les organes.
Les participants ont perdu en moyenne 5,7 kg en sept jours.
Évidemment, il ne s’agissait pas de 5,7 kg de graisse. Une partie importante provenait :
• du glycogène;
• de l’eau associée au glycogène;
• du contenu intestinal;
• d’une certaine quantité de masse maigre;
• et, bien entendu, de graisse corporelle.
Les premières journées : le changement de carburant
Au début du jeûne, le corps effectue une transition énergétique assez prévisible.
L’insuline et le glucose diminuent.
Le foie utilise progressivement ses réserves de glycogène, qui représentent une forme de glucose stocké principalement dans le foie et les muscles.
Le corps augmente ensuite la lipolyse, c’est-à-dire la libération de la graisse stockée dans les cellules graisseuses afin de l’utiliser comme source d’énergie.
Le β-hydroxybutyrate, l’une des principales cétones produites par le foie, augmente fortement.
Les cétones sont des molécules énergétiques fabriquées à partir des graisses. Elles peuvent être utilisées par plusieurs organes, notamment le cerveau, lorsque le glucose alimentaire devient très faible ou complètement absent.
Mais les chercheurs ont observé quelque chose de plus important : la transformation généralisée des protéines circulantes devient surtout visible à partir du troisième jour environ.
Plus de 1 000 protéines ont changé
Au total, plus de 1 000 protéines ont été significativement modifiées pendant le jeûne.
Ces protéines n’ont pas toutes changé au même moment ni dans la même direction.
Certaines ont augmenté rapidement.
D’autres ont diminué.
Certaines ont changé seulement après plusieurs jours.
Cela indique que le jeûne prolongé ne déclenche pas une seule réaction uniforme. Il provoque plusieurs vagues d’adaptation biologique qui se succèdent avec le temps.
Ce n’est pas seulement une question de glucose et de cétones
Une partie importante des protéines modifiées provenait de la matrice extracellulaire.
La matrice extracellulaire est le réseau de protéines et de molécules qui entoure les cellules. Elle sert notamment de charpente aux tissus, mais elle participe aussi à la communication entre les cellules, à la réparation des tissus et à leur organisation.
Autrement dit, le corps ne fait pas uniquement ceci :
« Je ne reçois plus de nourriture, alors je vais brûler ma graisse. »
Il semble également modifier :
• l’organisation et le remodelage des tissus;
• la communication entre les cellules;
• certaines fonctions immunitaires;
• certaines protéines associées au cerveau;
• certaines voies cardiovasculaires;
• les mécanismes d’adaptation au stress.
Le remodelage des tissus signifie que le corps modifie continuellement la structure, la réparation et le renouvellement des tissus selon les besoins.
Une protéine du cerveau a fortement changé
La ténascine–R a subi l’un des changements les plus importants observés pendant le jeûne.
La ténascine-R est une protéine principalement présente autour des cellules du système nerveux. Elle participe à l’organisation de la matrice extracellulaire du cerveau et influence notamment les connexions entre les neurones.
Les chercheurs ont donc observé une réponse très marquée dans une protéine associée à la structure et au fonctionnement du système nerveux.
Cela ne permet toutefois pas encore d’affirmer que cette modification améliore directement le cerveau, la mémoire ou la cognition.
Cela montre plutôt que le cerveau, ou du moins certaines protéines qui lui sont associées, participe lui aussi à l’adaptation systémique au jeûne prolongé.
Certains changements pourraient être favorables
Les chercheurs ont ensuite comparé les protéines modifiées par le jeûne avec de grandes bases de données génétiques.
Cette approche permet d’évaluer si les variations naturelles de certaines protéines sont statistiquement associées à une augmentation ou à une diminution du risque de certaines maladies.
Ils ont ainsi relevé des associations potentielles avec :
• une réduction du risque de polyarthrite rhumatoïde;
• certains effets possiblement protecteurs contre la maladie coronarienne;
• des changements immunitaires;
• des changements métaboliques;
• différents mécanismes associés à la santé cardiovasculaire.
La polyarthrite rhumatoïde est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque principalement les articulations.
La maladie coronarienne correspond au rétrécissement ou au blocage des artères qui alimentent le cœur.
Certaines protéines, comme SWAP70 et HYOU1, ont été associées à des effets potentiellement favorables.
SWAP70 participe notamment au fonctionnement de certaines cellules immunitaires.
HYOU1 aide les cellules à survivre lorsqu’elles manquent d’oxygène ou subissent un stress important.
Ces associations sont intéressantes, mais elles servent surtout à identifier des mécanismes possibles qui devront être étudiés plus directement.
Tous les changements ne sont pas nécessairement favorables
Le jeûne prolongé ne semble pas produire uniquement des réponses que l’on pourrait automatiquement qualifier de bénéfiques.
La protéine PCSK9, par exemple, a fortement augmenté.
PCSK9 est une protéine produite principalement par le foie. Elle favorise la destruction des récepteurs LDL présents à la surface des cellules hépatiques.
Ces récepteurs servent à retirer les particules LDL du sang.
Lorsque PCSK9 augmente, le foie peut donc avoir moins de récepteurs disponibles pour récupérer le LDL circulant.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il existe des médicaments qui bloquent PCSK9 afin de réduire fortement le cholestérol LDL sanguin.
Cela ne signifie pas qu’un jeûne de sept jours provoque automatiquement une maladie cardiovasculaire.
Cela montre plutôt que la réponse biologique est complexe. Certaines adaptations peuvent être favorables dans un contexte, mais représenter un compromis ou un coût temporaire dans un autre.
Pourquoi parle–t–on autant du troisième jour?
Plusieurs médias ont résumé l’étude en disant que :
« Les bienfaits du jeûne commencent après trois jours. »
Ce n’est pas exactement ce que l’étude démontre.
Ce que les chercheurs ont réellement observé, c’est qu’après environ trois jours, les modifications du protéome deviennent beaucoup plus importantes.
Le protéome correspond à l’ensemble des protéines présentes ou produites dans un organisme, un tissu ou un liquide biologique à un moment donné.
Les protéines ne servent pas seulement à construire les muscles.
Elles agissent aussi comme :
• enzymes;
• hormones;
• récepteurs;
• anticorps;
• messagers;
• transporteurs;
• éléments structuraux des tissus.
Observer une modification importante du protéome signifie donc que de nombreux systèmes du corps ont changé leur fonctionnement.
On peut raisonnablement dire :
Après environ trois jours de jeûne complet, la réponse biologique devient beaucoup plus systémique et touche un grand nombre de protéines et de tissus.
On ne peut cependant pas transformer automatiquement cette observation en affirmation selon laquelle tous ces changements sont bénéfiques.
Ce que l’étude permet réellement d’observer
Le but de cette étude n’était pas de prouver qu’un jeûne de sept jours :
• prévient les infarctus;
• guérit le cancer;
• prolonge la vie;
• empêche la démence;
• soigne les maladies auto-immunes.
Son objectif était surtout de cartographier les changements biologiques qui apparaissent pendant un jeûne prolongé chez l’humain.
Dans ce contexte, suivre 12 personnes de manière très détaillée, avec des prélèvements quotidiens et environ 3 000 protéines analysées, fournit des observations particulièrement intéressantes.
Le fait que les participants aient présenté des réponses largement similaires renforce l’idée qu’il ne s’agit pas simplement de variations complètement aléatoires.
L’échantillon demeure toutefois trop petit pour déterminer précisément :
• si les hommes et les femmes réagissent différemment;
• si l’âge modifie la réponse;
• si les personnes diabétiques réagissent de la même façon;
• si les personnes obèses, maigres ou malades présentent les mêmes adaptations;
• si certaines réponses sont bénéfiques à long terme;
• si répéter régulièrement ce type de jeûne produit les mêmes effets.
Ce ne sont pas des défauts qui invalident l’étude.
Ce sont simplement des questions auxquelles ce type d’étude exploratoire ne cherchait pas encore à répondre.
La véritable découverte
Après deux ou trois jours sans nourriture, le corps ne fait pas simplement que continuer à fonctionner avec moins de calories.
Il semble entrer dans une phase physiologique différente.
Le changement de carburant commence rapidement, mais après environ trois jours, l’adaptation prend une autre dimension :
• des centaines de protéines changent;
• plusieurs organes semblent participer;
• les tissus se réorganisent;
• les systèmes immunitaire, cardiovasculaire et nerveux sont touchés;
• la communication biologique entre les cellules est profondément modifiée.
Cette étude fournit donc une preuve intéressante que le jeûne prolongé déclenche des mécanismes très différents d’un simple jeûne nocturne ou d’une alimentation de type 16:8.
Elle ne prouve pas encore que tous ces mécanismes sont bénéfiques.
Mais elle montre clairement qu’autour du troisième jour, la réponse du corps change d’échelle.
