Nutrition · 30 juillet 2026 · par Daniel Bigras

Le titre de La Presse est crissement trompeur. L’étude ne démontre pas que les aliments ultra-transformés sont inoffensifs.

Elle montre plutôt que la classification NOVA est tellement large qu’elle met dans le même panier des boissons gazeuses, des desserts industriels, du pain de grains entiers, des céréales enrichies et certains substituts laitiers végétaux.

CE QUE LES CHERCHEURS ONT RÉELLEMENT FAIT

Ils ont repris les données observationnelles de plus de 200 000 adultes américains suivis pendant plusieurs décennies. Mais l’analyse portait essentiellement sur la composante végétale de leur alimentation, pas sur l’ensemble de ce qu’ils mangeaient. L’étude a été présentée à un congrès le 28 juillet 2026 et n’a pas encore été publiée ni évaluée par les pairs.

Environ la moitié des quelque 200 000 participants ont soit :

• développé une maladie cardiovasculaire;
• développé un diabète de type 2;
• ou sont décédés.

Les chercheurs ont ensuite fabriqué quatre catégories :

Alimentation – Exemples donnés

Saine et peu transformée: Gruau, fruits, noix, quinoa, soupe de lentilles

Saine et ultra–transformée: Céréales de grains entiers, pain commercial de grains entiers, boissons et yogourts végétaux enrichis, fruits en conserve

Mauvaise et peu transformée – Riz blanc, pommes de terre, jus de fruits, desserts maison au sucre et à la farine raffinée

Mauvaise et ultra–transformée – Boissons gazeuses, restauration rapide, frites, desserts emballés, collations raffinées

Puis ils constatent que les deux groupes classés « sains » obtiennent de meilleurs résultats que les deux groupes déjà classés « malsains ».

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Ils ont essentiellement démontré qu’une alimentation classée nutritive selon leur propre indice est associée à une meilleure santé qu’une alimentation classée mauvaise selon ce même indice.

Ce que les résultats peuvent réellement signifier
Les risques rapportés étaient très semblables entre l’alimentation végétale saine contenant davantage d’aliments ultra-transformés et celle contenant davantage d’aliments peu transformés :

• maladies cardiovasculaires : réduction associée de 14 % contre 18 %;
• diabète de type 2 : 33 % contre 34 %;
• mortalité : 11 % contre 7 %.

Cela suggère une chose raisonnable : le simple classement “ultra–transformé” ne suffit pas à déterminer la qualité d’un aliment.
Un pain commercial de grains entiers devient parfois « ultra-transformé » parce qu’il contient un émulsifiant ou un agent de conservation. Il n’est évidemment pas équivalent à une boisson gazeuse, même si NOVA les place tous les deux dans sa quatrième catégorie.

Mais l’étude ne démontre pas que :

• les additifs sont sans effet;
• les émulsifiants sont inoffensifs;
• la texture industrielle ne modifie pas la satiété;
• les aliments ultra-transformés ne favorisent pas la surconsommation;
• manger des céréales commerciales est équivalent à manger l’aliment entier;
• la transformation industrielle n’a aucun effet indépendant.

Elle ne compare même pas expérimentalement le même régime et les mêmes nutriments, une fois sous forme peu transformée et une fois sous forme ultra-transformée. C’est une analyse observationnelle de catégories alimentaires déjà très différentes.
Le véritable verdict

L’étude critique surtout la classification NOVA, pas l’idée que la nourriture industrielle puisse être nocive.

Le titre défendable aurait été :

La qualité nutritionnelle semble mieux prédire la santé que la seule étiquette “ultra–transformé”.

Mais La Presse a choisi :

« Les aliments ultra–transformés ne sont pas nécessairement nocifs »

Ça transforme une étude préliminaire sur les limites d’un système de classification en absolution générale de l’alimentation industrielle.

Et évidemment, les exemples d’aliments ultra-transformés « sains » choisis par les chercheurs sont principalement des produits végétaux enrichis, du pain et des céréales — pas des boissons gazeuses, des biscuits, des croustilles et des plats industriels typiques. L’article scientifique complet n’existe même pas encore.

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