Nutrition · 19 août 2026 · par Daniel Bigras

« Trop de protéines détruit les reins » : vraiment?

Dans une récente vidéo, le Dr Tony Hampton, médecin de famille spécialisé en santé métabolique, revient sur une peur qu’on entend constamment avec les alimentations faibles en glucides, cétogènes ou carnivores :

« Attention à toutes ces protéines, tu vas détruire tes reins. »

La réalité est beaucoup moins simple.

Chez une personne qui a des reins en santé, les études ne montrent pas que beaucoup de protéines détruisent les reins

Une nouvelle revue scientifique publiée en 2026 a regroupé 22 essais randomisés réalisés chez des adultes sans maladie rénale chronique.

Certains régimes fournissaient jusqu’à 2 g de protéines par kilo de poids corporel par jour ou davantage.

Résultat :

aucun signal constant de dommage rénal n’a été observé.

Ce qu’on observe par contre, c’est que lorsqu’on mange davantage de protéines, les reins filtrent davantage de sang.

C’est ce qu’on appelle l’hyperfiltration.

Imaginez un filtre à café.

Si vous faites passer davantage d’eau à travers le filtre, il travaille davantage.

Mais ça ne signifie pas automatiquement que :

le filtre est meilleur

ou que :

le filtre est en train de se briser.

C’est simplement une adaptation à une plus grande quantité de travail.

Et jusqu’à maintenant, les essais chez les personnes ayant des reins en santé n’ont pas démontré que cette adaptation entraîne une détérioration progressive des reins.

La nuance importante : nous n’avons pas non plus des essais randomisés de 20 ou 30 ans avec des apports extrêmement élevés en protéines. La science peut donc être rassurante sans prétendre tout savoir.

—

🥩 Et si vous mangez beaucoup de viande, votre prise de sang peut vous jouer un tour

C’est probablement une des parties les plus intéressantes de la vidéo de Hampton.

On utilise souvent la créatinine dans le sang pour estimer la capacité des reins à filtrer.

Mais la créatinine est influencée par autre chose que les reins.

Elle peut augmenter notamment avec :

– une masse musculaire importante;
– l’activité physique;
– certains suppléments;
– et simplement… un repas contenant beaucoup de viande cuite.

Dans une étude contrôlée, un repas de viande cuite a suffisamment augmenté la créatinine pour faire paraître la fonction rénale beaucoup moins bonne.

Chez certaines personnes, le résultat les faisait même temporairement passer dans une catégorie de maladie rénale plus sévère.

Après environ 12 heures sans manger, l’effet avait disparu.

Donc :

gros steak

⬇️

créatinine plus élevée

⬇️

estimation de la fonction rénale plus basse

ne veut pas nécessairement dire :

« mon steak vient d’endommager mes reins »

Ça peut simplement vouloir dire :

le test est influencé par ce que j’ai mangé.

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🧪 C’est pourquoi Hampton dit de regarder plusieurs indicateurs, pas seulement la créatinine

Si un résultat semble inquiétant chez quelqu’un qui mange beaucoup de viande, il faut regarder le portrait complet.

Par exemple :

La tendance de la créatinine
Est-elle stable depuis des années ou augmente-t-elle constamment?

La cystatine C
C’est un autre marqueur permettant d’estimer la filtration des reins et il est beaucoup moins influencé par la masse musculaire et la viande.

L’albumine dans l’urine
Normalement, cette grosse protéine devrait rester dans le sang. Si beaucoup d’albumine commence à passer dans l’urine, ça peut indiquer que le filtre rénal est réellement endommagé.

La pression artérielle

L’analyse d’urine

Bref :

Comprendre le chiffre avant de diagnostiquer la personne.

—

🔥 Et voici ce qu’on oublie souvent dans ce débat

Deux causes majeures de maladie rénale chronique sont :

le diabète

et l’hypertension.

Alors imaginons quelqu’un qui adopte une alimentation faible en glucides et qui :

– perd beaucoup de gras viscéral;
– améliore sa glycémie;
– réduit sa résistance à l’insuline;
– baisse sa pression artérielle;
– perd du poids;
– réduit certains médicaments.

Est-ce vraiment logique d’évaluer l’effet de son alimentation sur ses reins uniquement en demandant :

« Combien de protéines mangez-vous? »

Non.

Les reins font partie du même corps que tout le reste.

Un essai alimentaire de deux ans a d’ailleurs comparé une alimentation faible en gras, une alimentation méditerranéenne et une alimentation faible en glucides.

La fonction rénale a été préservée ou améliorée dans les trois groupes, y compris dans le groupe faible en glucides. Les améliorations étaient notamment associées à une meilleure pression artérielle et une meilleure sensibilité à l’insuline.

Autrement dit :

améliorer la santé métabolique peut aussi améliorer l’environnement dans lequel les reins doivent travailler.

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🚨 MAIS ATTENTION : tout change si vos reins sont DÉJÀ malades

C’est la distinction la plus importante de toute cette publication.

Les données rassurantes sur les régimes riches en protéines concernent principalement les personnes sans maladie rénale chronique.

Si vous avez déjà :

– une maladie rénale chronique;
– beaucoup d’albumine dans l’urine;
– une maladie rénale causée par le diabète;
– une fonction rénale qui diminue progressivement;

alors manger énormément de protéines devient une tout autre question.

Les recommandations internationales KDIGO suggèrent généralement autour de 0,8 g de protéines par kilo par jour chez certains adultes atteints d’une maladie rénale chronique avancée et recommandent d’éviter les apports élevés supérieurs à environ 1,3 g/kg/jour chez les personnes à risque de progression.

On ne peut donc pas prendre une étude faite sur des reins en santé et appliquer ses résultats à des reins déjà malades.

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🎯 CE QU’IL FAUT RETENIR

Si vos reins sont en santé :

Les études randomisées disponibles ne démontrent pas qu’une alimentation riche en protéines détruit les reins.

Si votre créatinine augmente :

Ne paniquez pas.

Mais ne l’ignorez pas non plus.

Cherchez pourquoi.

Regardez la tendance, la cystatine C, l’albumine dans l’urine, la pression artérielle et le reste du portrait.

Si vous avez déjà une maladie rénale :

L’apport en protéines doit être évalué différemment.

Et surtout :

« Les protéines détruisent les reins » est beaucoup trop simpliste.

Comme le dit très bien Tony Hampton :

Un chiffre de laboratoire n’est pas un diagnostic.

Et une protéine dans votre assiette n’est certainement pas automatiquement la cause de tous les problèmes rénaux.

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