Dans une récente vidéo, le Dr Robert Cywes, médecin, chirurgien et spécialiste de l’obésité, aussi connu comme le Carb Addiction Doc, ne prend vraiment pas de détour. Il accuse carrément une partie du système médical et nutritionnel de donner des conseils qui favorisent l’obésité, la résistance à l’insuline et le diabète de type 2.
Cywes est doublement certifié en chirurgie générale et pédiatrique et pratique la chirurgie bariatrique depuis plus de 20 ans. (https://asmbs.org/provider/robert-cywes-md-phd-ZwOL)
Sa façon de le dire est volontairement explosive :
« Mangez constamment, mangez beaucoup de glucides, craignez le gras et la viande rouge… puis prenez des médicaments quand les marqueurs se détériorent. »
J’adore le coup de pied dans le nid de guêpes. 😆
Mais je ne vais pas reprendre toutes ses affirmations aveuglément. Certaines sont très bien appuyées. D’autres sont clairement exagérées.
Et une fois qu’on enlève le lance-flammes, son message central mérite vraiment qu’on s’y attarde.
🍽️ PREMIER PRINCIPE : ARRÊTEZ DE MANGER TOUT LE TEMPS
Cywes simplifie le jeûne intermittent de la meilleure façon possible :
« C’est simplement ne pas manger. »
Pas besoin de transformer ça en religion.
Chaque fois qu’on mange, notre organisme doit absorber, distribuer et stocker les nutriments. Entre les repas, il peut davantage puiser dans ses réserves.
Cywes favorise généralement un ou deux vrais repas par jour, prévus à l’avance, plutôt que trois repas accompagnés de collations constantes.
Les études sur le jeûne intermittent montrent qu’il peut aider à réduire le poids, la glycémie et l’HbA1c — la mesure de la glycémie moyenne des derniers mois — chez certaines personnes atteintes de diabète de type 2. Mais il n’est pas systématiquement supérieur aux autres stratégies alimentaires lorsqu’elles permettent elles aussi de réduire efficacement l’apport énergétique. (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40008664/)
Donc non :
18 heures sans manger ne possèdent pas une magie métabolique qui fait automatiquement disparaître le diabète.
Mais réduire les occasions de manger peut être un outil remarquablement simple pour quelqu’un qui mange actuellement du matin au soir.
🥩 DEUXIÈME PRINCIPE : MANGEZ DES ALIMENTS, PAS DES FORMULATIONS INDUSTRIELLES
Ici, Cywes frappe particulièrement juste.
Il appelle ça des « aliments à source unique ».
Un steak ressemble encore à un steak.
Un œuf ressemble à un œuf.
Un poisson ressemble encore à un poisson.
Même une carotte ressemble à une carotte.
À l’inverse, beaucoup d’aliments ultra-transformés sont essentiellement des formulations industrielles faites de farines, huiles, sucres, arômes, émulsifiants et autres ingrédients assemblés pour produire quelque chose de facile à manger… et souvent très facile à remanger.
Et là, on possède une étude contrôlée absolument fascinante du NIH.
Vingt personnes ont vécu dans un centre de recherche et ont reçu pendant deux semaines une alimentation ultra-transformée, puis deux semaines d’aliments peu transformés, ou l’inverse.
Les repas proposés avaient été conçus pour être comparables en calories, sucre, gras, sodium, fibres et macronutriments.
Mais les participants pouvaient manger à volonté.
Avec les aliments ultra-transformés, ils ont spontanément mangé environ 500 calories de plus PAR JOUR.
En seulement deux semaines, ils ont pris environ 0,9 kg.
Avec les aliments peu transformés, ils ont perdu environ 0,9 kg. (https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7946062/)
Ça, ce n’est pas une association provenant d’un questionnaire alimentaire rempli tous les quatre ans.
C’était un essai contrôlé.
Et ça explique pourquoi « mangez moins » peut être un conseil remarquablement inutile si on ne s’intéresse jamais à CE QUE la personne mange.
🩸 TROISIÈME PRINCIPE : SI ON TRAITE LE DIABÈTE, PARLONS DONC DES GLUCIDES
C’est probablement l’une des frustrations principales de Cywes.
Le diabète de type 2 est caractérisé notamment par une mauvaise gestion du glucose et une résistance à l’insuline.
L’insuline est l’hormone qui aide notamment à contrôler le glucose dans le sang et à gérer le stockage des nutriments.
Avec la résistance à l’insuline, les tissus répondent moins efficacement à son signal. Le pancréas peut alors produire davantage d’insuline pour maintenir la glycémie normale… jusqu’au jour où cette compensation ne suffit plus.
Alors évidemment, réduire fortement l’aliment qui produit généralement les plus grandes augmentations de glucose — les glucides digestibles — mérite au minimum d’être considéré comme outil thérapeutique.
Et ce n’est désormais même plus une position marginale.
Une méta-analyse du BMJ portant sur 23 essais randomisés et 1 357 personnes atteintes de diabète de type 2 a trouvé un avantage important des alimentations faibles en glucides pour la rémission à six mois, bien que cet avantage devienne beaucoup moins clair à 12 mois et dépende également de la définition utilisée pour « rémission ». (https://www.bmj.com/content/372/bmj.m4743)
Même l’American Diabetes Association, dans ses recommandations 2026, reconnaît maintenant explicitement la réduction des glucides comme option pour certaines personnes atteintes de diabète ou de prédiabète. (https://diabetes.org/newsroom/press-releases/american-diabetes-association-releases-standards-care-diabetes-2026)
C’est d’ailleurs là que Cywes exagère lorsqu’il présente pratiquement toute la médecine conventionnelle comme encore coincée dans « mangez beaucoup de glucides et moins de gras ».
Les recommandations officielles commencent à changer.
Le problème est plutôt que ce changement n’est pas toujours rendu jusqu’au conseil de cinq minutes donné au patient.
🔥 ET LES CÉTONES DANS TOUT ÇA?
Quand on jeûne ou qu’on réduit fortement les glucides, le foie commence à fabriquer davantage de cétones à partir des graisses.
Une des principales est le bêta–hydroxybutyrate, ou BHB.
Ce n’est pas seulement un carburant.
Le BHB agit aussi comme molécule de signalisation, c’est-à-dire qu’il peut influencer le fonctionnement de certaines cellules.
Cywes explique notamment que la cétose peut rendre le jeûne beaucoup plus facile parce que la faim devient souvent moins intense.
Il existe effectivement des données intéressantes.
Dans une petite étude humaine, une boisson produisant une forte augmentation du BHB a diminué la ghréline, une hormone impliquée dans la faim, ainsi que la sensation de faim comparativement à une boisson contenant du glucose. (https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5813183/)
Mais ici, Cywes glisse ensuite vers une publicité pour Ketone–IQ, son commanditaire.
Et les preuves sur les cétones exogènes — des cétones consommées plutôt que fabriquées par notre foie — sont beaucoup moins solides que son discours publicitaire.
Une étude chez des personnes avec prédiabète n’a par exemple trouvé aucune réduction significative de la faim ou de la ghréline avec une cétose provoquée par un supplément. (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36565045/)
Et dire qu’une boisson de cétones « ne brise pas le jeûne » est surtout une question de définition : elle fournit bel et bien de l’énergie au corps.
Bref :
La cétose naturelle et l’appétit : très intéressant.
Les suppléments de cétones pour perdre du poids : prometteur, mais loin d’être réglé.
🤔 « J’AI FAIM » NE SIGNIFIE PAS TOUJOURS « J’AI BESOIN DE MANGER »
Là encore, Cywes possède une excellente idée… mais la pousse trop loin.
Il affirme que, dans une société où la nourriture est abondante, la faim est presque toujours un besoin émotionnel et non nutritionnel.
Ça, je ne l’achète pas tel quel.
La faim peut évidemment être physiologique.
Mais il a raison sur un point fascinant :
la faim n’est pas une jauge d’essence qui monte continuellement pendant qu’on jeûne.
La ghréline suit en partie nos habitudes et notre rythme biologique. Elle peut monter autour des heures auxquelles nous avons l’habitude de manger… puis redescendre même si aucun repas n’arrive.
Dans une expérience où 33 personnes ont jeûné jusqu’à 84 heures, la concentration moyenne de ghréline a même légèrement diminué au fil du jeûne. (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15522942/)
Donc cette sensation :
« Il est midi, je dois absolument manger »
peut parfois être davantage :
« Mon cerveau s’attend habituellement à recevoir de la nourriture maintenant. »
La faim peut également être influencée par le stress, les émotions, le sommeil, les odeurs, les habitudes et l’environnement.
C’est beaucoup plus intéressant que de simplement répondre automatiquement à chaque sensation de faim par de la nourriture.
🧬 AVONS–NOUS BESOIN DE GLUCIDES?
Cywes rappelle ensuite quelque chose qui choque encore beaucoup de gens.
Nous avons des acides aminés essentiels provenant des protéines.
Nous avons des acides gras essentiels provenant des graisses.
Mais il n’existe pas de « glucide essentiel » au sens nutritionnel strict.
Le rapport de référence de l’Institute of Medicine indique que la limite inférieure de glucides alimentaires compatible avec la vie semble être zéro, à condition que suffisamment de protéines et de graisses soient consommées. (https://downloads.regulations.gov/FDA-2018-P-0874-0033/content.pdf?utm_source=chatgpt.com)
Pourquoi?
Parce que même lorsqu’on ne mange pratiquement aucun glucide, certaines cellules ont encore besoin de glucose.
Le foie peut alors en fabriquer à partir notamment des acides aminés provenant des protéines et du glycérol provenant des graisses.
Ce processus s’appelle la néoglucogenèse.
En français normal :
le corps fabrique lui–même le glucose dont il a absolument besoin.
Petite correction à Cywes toutefois : il suggère qu’une petite quantité de glucides pourrait être nécessaire pour déclencher l’insuline.
Non.
Les protéines et plusieurs acides aminés stimulent eux aussi directement la sécrétion d’insuline. (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36695783/)
On n’a donc pas besoin de manger du sucre pour que notre pancréas sache fabriquer de l’insuline.
🥚 ET LES ALIMENTS LES PLUS DENSES EN MICRONUTRIMENTS?
Cywes met énormément l’accent sur les œufs, les produits laitiers, les petits poissons, les fruits de mer et le foie.
Et il a raison sur leur densité nutritionnelle exceptionnelle.
Le foie, les œufs, les sardines, les huîtres et plusieurs autres aliments animaux apportent énormément de protéines, vitamines et minéraux dans relativement peu de nourriture.
Mais lorsqu’il affirme pratiquement que seuls ces aliments peuvent fournir une gamme complète de micronutriments, il devient trop catégorique.
Aucun aliment unique n’est parfait.
Le meilleur message est beaucoup plus simple :
priorisez des aliments extrêmement nutritifs plutôt que des calories pauvres en nutriments.
🏃 ET NON, L’EXERCICE N’EST PAS UNE PUNITION POUR CE QU’ON A MANGÉ
Cywes utilise une image excellente :
« On ne boit pas une bouteille de whisky avant d’aller courir pour devenir sobre. »
Même logique avec la nourriture.
Faire 45 minutes de tapis roulant pour « brûler le dessert » est une façon très limitée de comprendre l’exercice.
Nos muscles sont de gros consommateurs de glucose et de gras.
L’activité physique améliore la sensibilité à l’insuline, entretient la masse musculaire, améliore la capacité cardiovasculaire et aide énormément à conserver notre autonomie avec l’âge.
L’exercice n’est pas seulement une façon de soustraire des calories.
C’est un signal biologique qui améliore le fonctionnement de notre organisme.
Et là-dessus, Cywes et Tony Hampton pourraient probablement enregistrer la vidéo ensemble. 😆
🧹 LA VADROUILLE OU LE TUYAU QUI COULE?
C’est finalement la meilleure analogie de tout son message.
Imaginez que votre cuisine se remplit d’eau.
Vous prenez une vadrouille.
Ça fonctionne.
Les médicaments peuvent être cette vadrouille.
Ils peuvent réduire la glycémie.
Ils peuvent réduire la pression.
Ils peuvent sauver des vies.
Mais si un tuyau continue de couler derrière le mur…
peut-être faudrait-il AUSSI réparer le tuyau.
Si quelqu’un souffre de diabète de type 2, d’hypertension, de foie gras, d’obésité viscérale et de triglycérides élevés, traiter chacun de ces chiffres séparément sans jamais s’intéresser sérieusement à l’alimentation, au sommeil, au muscle, au stress et à la résistance à l’insuline serait une médecine terriblement incomplète.
C’est ça, selon moi, le véritable message de Cywes.
Pas :
« Tous les médecins et tous les nutritionnistes essaient de vous tuer. »
Ça, c’est le Rob Cywes lance-flammes. 😂
Mais plutôt :
NE VOUS CONTENTEZ PAS DE TRAITER LES CONSÉQUENCES SANS JAMAIS DEMANDER CE QUI LES A PRODUITES.
Mangez de vrais aliments.
Arrêtez de manger continuellement.
Réduisez fortement les aliments qui font dérailler votre métabolisme.
Utilisez la restriction des glucides comme véritable outil thérapeutique lorsque la situation le justifie.
Mangez suffisamment de protéines et de nutriments.
Utilisez l’exercice pour devenir métaboliquement plus fort, pas pour expier ce que vous avez mangé.
Et surtout :
mesurez les résultats.
Votre poids.
Votre tour de taille.
Votre glycémie.
Votre HbA1c.
Vos triglycérides.
Votre pression.
Votre insuline lorsque pertinente.
Votre foie.
Votre composition corporelle.
Parce qu’au bout du compte, peu importe si le conseil vient d’un médecin, d’un nutritionniste, de Robert Cywes… ou de Santé Ancestrale Québec :
LA PHYSIOLOGIE A TOUJOURS LE DERNIER MOT.
📚 Quelques sources
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31105044/
https://www.bmj.com/content/372/bmj.m4743
https://doi.org/10.2337/dc26-S005
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29105987/
